Sans la nommer, je voudrais vous parler d’elle

Allo Jean-Luc ! Peux-tu passer un soir de la semaine au magasin ? J’ai un vélo pour toi en attendant le retour du tien parti à la maison mère pour cause de SAV. Un prêt. Je suis dispo pour vendredi … veille d’un week-end de soleil ! Douze mille euros de matos. Douze jours. Mille euros par 24h00 ! Ouahou quelle confiance ! j’ai un peu peur. Chute et choc interdits ! … quelle responsabilité ! j’ai aussi un peu honte, ce n’est pas moi … je ne porte pas de bijou, l’ouverture des vitres de ma voiture et la condamnation des portes se font manuellement … alors pourquoi moi ? serai-je à la hauteur ? plein d’autres questions. Changement de statut. Merci. De poireau, je deviens pilote d’essai ! I’m a pilot. Je suis le Thomas PESQUET de la bicyclette. A moi aussi les grands espaces. Le rêve devient réalité. Alors pourquoi pas moi ! Je vais connaître une autre planète. Pour la première fois, j’ai un vélo de coureur. L’univers des grands s’ouvre. « Cosmic », le nom des roues ! Ça ne s’invente pas. Je dis d’accord. L’offre ne se refuse pas. Of course de vélo.

Les yeux brillent devant l’engin. Je suis un petit garçon. Emu. Il est beau ce vélo. Elle est belle cette bicyclette. C’est de l’art contemporain. Pureté des lignes. Courbes douces. Allure élancée : 6kgs 700 de légèreté. C’est une féline de la race des purs sangs. Jolie petite robe noire. Toute en discrétion. Gai rappel des couleurs de la marque. Un peu de rouge, un peu de bleu et un peu de jaune. Sans clinquant. Pas de tape à l’œil. On ne fait pas dans la vulgarité. Sobriété élégante. La classe quoi ! port altier. Longiligne. Le cadre se prolonge par un guidon modèle odyssée de l’espace, version douce et fluide. Le futur est aujourd’hui. Une touche de fantaisie. Cherchez bien …Et oui, ça se passe dessous … des freins cachés dans la fourche et sous la boite de pédalier ! Pas de fil, pas de câble. Rien ne traîne. Recherche de l’efficacité dans le beau. Côté fun. Deux joy-stick : quatre boutons pour les vitesses. Chapeau bas messieurs les ingénieurs. Trop forts ! J’admire le boulot, la conception, et la réalisation finale.

Il reste un problème, une inconnue : les copains. J’opte pour un test préalable d’une heure avant la sortie club du samedi. Il faut se parler un peu tous les deux. Je suis bien, je me sens bien, la position est bonne. Les cotes parfaites. Pas besoin d’une longue vie commune pour se comprendre. Que du plaisir ! C’est tout de même un peu elle qui commande : je réponds parfois à ses exigences … Expérience : à prolonger. But : mieux se connaître. Même si nous ne sommes pas encore totalement fusionnels, on poursuit l’après-midi ensemble … le couple peut maintenant se présenter devant notre groupe de 31 cyclistes pour la sortie hebdomadaire. Je fais l’article. Normal. C’est de la promo spontanée. Basée sur mes sensations. Du vrai, du vécu, du direct-live. Et pour faire bisquer, je la joue «c’est-la-reconnaissance-de-mon-talent-j’ai-un-sponsor ». Je vais rester modeste. Simple. Je reste avec vous. Je vous accompagne même si nous ne sommes plus dans la même catégorie. Attention ! ne pas rouler trop prêt. Je protège la monture. SVP, ne pas l’effaroucher. On touche des yeux mais pas trop. Il ne faut pas l’user. Je me fais un peu chambrer … c’est mérité … j‘ai sans doute encore un peu de travail à réaliser pour être considéré comme coursier et être à la hauteur de l’engin. Les copains sont admiratifs … de la machine et du prêt. Je les remercie … à notre repas de fin d’année, le même soir, ils ont fait le forcing auprès de ma femme pour revoir la hiérarchie des objectifs familiaux. Ce sera dur ! La douche à l’italienne est en cours de budgétisation. Les devis sont sur le bureau …

E pourtant, ce vélo c’est de la bombe !

a bicyclette a du caractère, du tempérament, c’est une gagneuse. Je n’ai jamais rien piloté de tel ! Là, tu es un pilote de vélo. Jusqu’à présent, un guidon c’était pour aller à droite ou à gauche … nouvelle dimension ! Le guidon renvoie ce que les jambes mettent. Tu sens que le guidon participe. Il apporte sa contribution lors d’une accélération. Dans le bosse de Puy Mallet, je me suis assis une fois, deux fois, trois fois, j’ai ralenti presque à m’arrêter, je me suis un peu relevé sur les pédales et pof, le vélo est reparti aussitôt. Il a retrouvé instantanément de la vitesse. Et cette vitesse, une fois lancé, il la garde. C’est facile ! Il va devant sans difficulté. Tu lui dis « va chercher » … il y va ! Quand il met en route, c’est le plus fort. Il reste en ligne. Il va droit. Il ne bouge pas. Il va là où tu veux. Il te suit. Tu peux lâcher les mains voire mieux lever les bras – mais là ce n’est pas pour moi – il continue. Il est fiable. Rassurant. Il est précis. Il rattrape tout le monde en descente. Sans prise de risque. Sans donner un coup de pédale. C’est naturel. La roue se pose là où tu le lui dis. Il est balaise. Quand tu es à gauche de la chaussée et que tu veux aller chercher quelqu’un à droite qui s’en va, il réagit. Au quart de tour. Il bondit. Il lui saute dessus. Il donne envie d’être dans des courses. C’est un impulsif. Un nerveux. Mais confortable … j’ai fait 90 bornes sans être fatigué. C’est lui qui a tout fait. J’ai eu du mal à m’arrêter. J’avais envie de jouer. Il est joueur. Très ! C’est la nuit qui m’a obligé. J’aurais voulu prolonger. Rien que pour l’entendre. Il est unique. Son bruit, c’est de la musique. Celle d’une très belle mécanique qui va bien. Les gens se retournent dans les villages pour l’écouter passer. Les vitesses tombent bien. Là où tu veux. Cela fait « clac » et pas « clac grrr clac  grrr grrr clac ». C’est net, c’est propre, c’est électrique. Plus simple qu’un interrupteur dans la cuisine. Zéro effort. Pas de contorsion du poignet pour changer de pignon.

Et maintenant ? quid ? comment redescendre ? comment faire retomber cette euphorie ? je suis hors sol. La tête est rongée. L’apesanteur sans doute. La réflexion surtout. C’est malin ! Je suis total addicte ! Le retour sur terre, prévu le 12 décembre, sera compliqué. Noël finira tôt cette année ! Comment se désintoxiquer ? Solution : je propose d’organiser un vélothon. On en reparle en AG. Dans l’attente d’avoir le quorum, je vais devoir m’adapter. Capable ! ce n’est pas parce que j’ai apprécié furtivement un très grand château, que je n’aimerai pas quotidiennement une petite bière bien fraîche !

Je reprends mon mien à moi. On the road again … very good trip !

Jean-Luc BÉLAIR

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